page 2

DES SOMMETS VIERGES... À BAPTISER

Après une semaine, nous pouvons enfin rejoindre le camp de base avancé et le reconstruire. Le temps s'est remis au beau. Jane, tombée malade, est restée au camp de base. Pat, Ingrid et Jo veulent explorer un passage donnant accès au Pik 5285, un sommet très technique semble-t-il. Vladimir, Oleg et Slava partent pour une grande face de glace plus bas dans le bassin, je pars avec Richard pour une traversée d'arêtes prometteuse jusqu'au Pik 5050.

Pour rejoindre l'arête nord-est, nous devons grimper une face en glace qui se termine par une corniche difficile : paroi en glace bleue, ancrages délicats. En quelques longueurs, nous arrivons à atteindre la corniche qui se désagrège sous nos assauts répétés. Nous prenons pied sur l'arête, d'où nous découvrons, à l'est, le plus haut sommet de la chaîne : le Dankov Peak (5 982 rn). En face, une longue arête s'étire jusqu'au sommet, coupée de deux gendarmes abrupts qui semblent infranchissables. Le vent a formé des corniches instables et nous progressons avec peine. Trace pénible, il y a toujours autant de neige au Tien Shan ! Nous enfonçons jusqu'aux cuisses et la progression est très lente. Après de longs efforts, nous atteignons le premier gendarme et nous redescendons de l'autre côté sur du bon granit rouge puis, à nouveau, une arête interminable... Il est 10 h et le soleil tape fort. Le deuxième gendarme s'annonce moins bon que le premier. incontournable sur ce granit vertical et sans point de faiblesse, nous sommes obligés de faire un long rappel sur un mur lisse pour prendre pied sur l'arête sans possibilité de retour en arrière. je regarde Richard descendre. Les dés sont jetés. Nous concentrons nos dernières énergies. A 14 h 20, nous atteignons le Pik 5 050 que nous baptisons sur le champ Pik Judith-Brian.

Pat, Jo et Ingrid reviennent à la tombée de la nuit, épuisés et
dépités. Ils n'ont même pas pu atteindre l'arête principale du Pik 5285, tant la quantité de neige était effroyable. Ils s'écroulent dans leur sac de couchage sans demander leur reste. Au bout de deux jours, ils décident de repartir. Ils arrivent à pied d'œuvre assez tôt pour attaquer le mixte très technique qui mène à une arête knife edge particulièrement effilée. Cinq longueurs délicates : dalles recouvertes de fines couches de glace à 70', goulottes et couloirs se succèdent jusqu'à l'arête principale. Une escalade sans protection, éprouvante nerveusement. Eascension se poursuit le long d'une gigantesque corniche, en traversée sur les piolets-ancreurs le long d'une pente à plus de 55'. Arrivés au sommet en fin d'après-midi, ils le baptisent Volshebnitsa, ce qui en russe signifie : les bonnes sorcières blanches, qui nous ont porté chance. "

ACCÈS :
L'aéroport de Bishkek étant souvent fermé (problèmes techniques ou de ravitaillement), a faut passer par Almaty (Kazakhstan), puis 4 h de bus pour rallier Bishkek.
Depuis toutes les grandes villes européennes Austrian Airlines et Lufthansa, jusqu'à Almaty.
De Londres : vols réguliers British Airways pour Almaty. De Genève . vols réguliers Lufthansa cm KLM pour Almaty. Kyrghyzstan Airlines jusqulà Bishkek, depuis Delhi. Durée du vol : entre 10 et 13 h de voyage, pour un coût de 6 000 à 7 000 F. Décalage horaire : + 5 h en hiver, + 6 h en élé. A Bishkek, nuit à l'hôtel avant le départ pour le Kokshall en camion tout terrain. Le 1 er jour permet de rallier Naryn via Koktchkorka et le Dollon pass (3 038 m). Puis de Naryn jusqu'au Kinda-Pass (3 400 m) qui ouvre les portes du Kokshall. Le camion permet de remonter la rivière Ak-sai jusqu'au pied du glacier Kotur, camp de base (3 900 m).

FORMALITÉS :
Visa obligatoire (350 F). Il n'y pas d'ambassade en France (s'adresser à l'ambassade du Kazakhstan, 59 rue Pierre-Charron, 75008 Paris, 0145 615200) ou à celle du Kirghizstan à Bruxelles ou Genève. Pour obtenir le visa, une lettre d'invitation est demandée. Visa simple mais l'accès aux zones frontières bordant la Chine nécessite un permis spécial. Pour plus de 3 jours, se déclarer au département de la police et des enregistrements.
Ambassade de la République Kirghize, 47, rue de l'Abbaye, B-1 050 Bruxelles, 00 32 2 640 18 68. Fax. 00 32 2 640 01 3 1.
Ambassade de la République Kirghize, 26, rue Maunoir, CH-1207 Genève, 00 41 (0) 22 707 97 20. Fax. 00 41 (0) 22 707 92 21.

POPULATION :
5 millions d'habitants, dont 60 % de Kirghiz, 15 % de Russes, 14 % d'Ouzbeks.

CLIMAT :
Continental à presque maritime (lac lssyk-Kul). Hiver froid. Température max. + 44 'C (station
Chuiskaya), et min. - 54 'C (station Ak-Sai). La quantité de précipitation maximum par année se
trouve dans la région du Ferghana (l 090 mm), et la plus faible à Karakul (l 44 mm).

Période propice : de juillet à septembre
Dans le Tien-Shan, il est coutume de dire qu'il neige tout le temps. L'été, de juillet à septembre, est assez court. Dans le Kokshall, la température moyenne est alors de 0 'C, C'est la meilleure période pour l'alpinisme et la seule possibilité d'accès en camion tout terrain. Mais des chutes de neige brutales peuvent vous bloquer plusieurs semaines sur les hauts plateaux.

GÉOGRAPHIE :
198 000 km' : 900 km d'est en ouest et 425 km du nord au sud. Le nord est à la même latitude que Rome. Les frontières suivent les frontières naturelles, rivières et chaînes de montagne de la Chine, du Tadjikistan, du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan. Végétation alpine et subalpine, zones de steppe et grandes forêts typiques de sapins du Tien-Shan.

précédente