FEMME
ACTUELLE Avril
2004
| LES
SENTIERS DU VERTIGES Photos : Laurent Bouvet
/ Rapsodia
ENTRE
ALPINISME ET RANDONNEE, UN RAID DE CINQ JOURS SUR LES VIAS FERRATA DES ALPES SUISSES
Le
" gaz ". En jargon d'alpinisme, le vide. Il est là, juste en
dessous. Partout. Plaqués à flanc de falaise, sur une vire (sentier
très étroit) des plus menues, nous sommes seulement retenus par
un câble à des rampes d'acier fixées à la paroi : les
vias ferratas. Et pas question de céder au vertige : il faut encore "
désescalader " les barreaux scellés dans le rocher pour accéder
au grand mur final. Cette épreuve ne se laissera pas avaler sans franchir
un dernier surplomb avant d'emprunter une passerelle posée de guingois
entre deux parois. Bienvenue au Rocher jaune, via ferrata située à
quinze minutes de marche du refuge des Diablerets.
FALAISES ABRUPTES,
CHEMINS ESCARPES
POUR AMATEURS DE SENSATIONS FORTES Un
petit " 3 000 ", mais qui sera notre toit du monde. Comme le note avec
pertinence Alan Delizée, notre guide, " celle-là, elle cause!
" C'est en effet l'étape la plus aérienne de cette rando inédite,
qui alterne vias ferratas, (une par jour) et chemins escarpés de moyenne
montagne. Un mélange des genres qui permet à tous de s'essayer à
l'alpinisme sans avoir à craindre les dangers de l'altitude, tout en se
baguenaudant dans les verts pâturages de la Suisse romande. Celle qui fleure
bon la vache Milka de notre enfance, livrée avec vue imprenable sur l'omniprésent
lac Léman.
C'est d'ailleurs lui qui, sur fond de mont Blanc, nous
offre en ouverture de notre expédition une grandiose idée de la
terre vue du haut d'une échelle métallique, alors que nous en finissons
avec la Tour d'Aï. Cette première via ferrata sera notre période
de rodage avant d'appréhender la suite, de plus en plus technique, de ce
périple des plus formateurs. La preuve : la via de Château-d' Ex
(principale difficulté du lendemain) est perçue par notre petit
groupe - sportif mais novice en grimpe - comme une formalité. Précision.
La nuit à l'Ermina, splendide chalet de Leysin dont la propriétaire,
Ariane, est une ancienne alpiniste, n'est pas étrangère à
cette performance. Grâce à Alan, nous avons, entre autres, compris
que lorsqu'un Suisse parle de " cabane ", c'est au pire un refuge trois
étoiles... | |
LES
DIABLERETS : VUE SUR LES GLACIERS ET GLISSE SUR LES PATURAGES
Celui
de Pierredar au départ du village des Diablerets, nous attend trois heures
plus tard. Trois heures de cheminement parmi les gentianes au bleu intense serties
d'une immensité plus verte que nature. Clou de ce spectacle parfaitement
bucolique: un cirque géant et rocheux, troué de cascades qui nous
font jouer à saute-torrent tout en croisant moutons, vaches à cloche
et, miracle, un chamois. Le soir même, Claude, ex-postier et actuel gardien
du refuge, nous sert d'énormes platées de pâtes à la
bolognaise arrosées d'un petit vin suisse, comme pour nous réchauffer
avant la chute brutale du mercure. Car le lendemain, changement de décor
et de température. Après avoir troqué le T-shirt contre la
laine polaire, on oublie la symphonie pastorale jouée depuis Leysin pour
attaquer une partition plus austère, celle des Diablerets, toute de roche
et de glace. Nous voici dans le club très privé des chausseurs estivaux
de crampons.
Cette
approche initiatique de l'alpinisme se fera sur la via ferrata atypique de Pierredar,
itinéraire cerné de barres rocheuses pré-équipées
de mains courantes. C'est en alternant marche et escalade que nous accédons
au glacier de Prapio. Le quart d'heure de traversée à coups de piolets
tant redouté est plutôt aisé (c'est la partie plate et sans
crevasses). Cela se complique dès le versant opposé du glacier,
d'où part un autre sentier " câblé ", tracé
dans la face drue. Avertissement de notre guide: " Raide et un peu tas de
cailloux. " Conseil éminemment judicieux dont profitera l'escaladeur
du dessous: éviter de provoquer des chutes de pierres, sinon, bobo le casque.
Encore une cascade gelée, passage délicat, puis la récompense
est au tournant avec une fabuleuse vue surplombant le glacier que l'on vient de
traverser. Celui des Diablerets, envahi de snowboarders pour cause de camp d'été,
est déjà en vue. La descente vers le refuge nécessite encore
des crampons: elle se fait sur un névé (amas de neige dure) mais,
surtout, sur un petit nuage. En l'espace d'une semaine, on en a tout de même
approché quelques-uns... *
PRATIQUE
:
Condition physique : Sportif mais sans difficulté majeure,
ce raid ne requiert aucune connaissance technique de l'escalade ou de l'alpinisme.
Ni d'aptitude physique particulière, sauf d'être capable de marcher
trois de suite sur un sentier de montagne avec un petit sac à dos et bien
sûr, ne pas être sensible au vertige.
Prix : Malgrès
le change, le rapport qualité-prix des randos suisses reste excellent. Pour
cinq jours : 690 francs suisses (460 Euro env.), en dortoir et 1/2 pens.,ou 894
FS (596 Euro env.) pour la version bed and breakfast en chambre d'hôtes
tout confort. Ces tarifs comprennent les diners, l'encadrement par un guide de
haute montagne (7 personnes max, 3 personnes min), le prêt du matériel
et les transferts en minibus. Formules week-end : aux Diablerets ou à la
Tour d'Aï (97 FS soit 65 Euro env.). Prochaines dates pour le raid de cinq
jours : du 3 au 8/09 et du 13/10.
Contact : AD Guides Tél
0041 (0)79 457 23 57 e-mail : info@ad-guides.com www.ad-guides.com | | retour
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