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Des sommets vierges à baptiser

Après une semaine, le temps s'est remis au beau. Nous pouvons enfin rejoindre le camp avancé et le reconstruire. Pat, Ingrid et jo veulent explorer un passage donnant accès au Pik 5285, un sommet très technique, semble-t-il. Vladimir, Oleg et Slava partent pour une grande face de glace plus bas dans le bassin. Quant à moi, je me mets en route avec Richard pour une traversée d'arêtes prometteuse jusqu'au Pik 5050.
Pour rejoindre l'arête nord-est, nous devons grimper une face en glace qui se termine par une corniche difficile: paroi en glace bleue, ancrages délicats. En quelques longueurs, nous arrivons à atteindre la corniche, qui se désagrège sous nos assauts répétés. Nous prenons pied sur l'arête, d'où nous découvrons, à l'est, le plus haut sommet de la chaîne: le Dankov Peak, 5982 mètres d'altitude. En face, une longue arête s'étire jusqu'au sommet, coupée de deux gendarmes abrupts qui semblent infranchissables. Le vent a formé des corniches instables et nous progressons avec peine, la neige nous arrivant aux cuisses. Après de longs efforts, nous atteignons le premier gendarme et redescendons de l'autre côté sur du bon granite rouge avant que, à nouveau, une arête interminable se profile à l'horizon. Le deuxième gendarme s'annonce moins bon que le premier. incontournable sur ce granite vertical et sans point de faiblesse, nous sommes obligés de faire un long rappel sur un mur lisse pour prendre pied sur l'arête, sans possibilité de retour en arrière. je regarde Richard descendre. Les dés sont jetés. Nous concentrons les dernières énergies qu'il nous reste pour le sommet. A 14 h 20, nous atteignons le Pik 5050, que nous baptisons sur-le-champ le Pik Judith-Brian.
Pat, Jo et Ingrid reviennent à la tombée de la nuit, épuisés et dépités. Ils n'ont même pas pu atteindre l'arête principale du Pik 5285, tant la quantité de neige était effroyable. Ils s'écroulent dans leur sac de couchage sans demander leur reste. Au bout de deux jours, ils décident de repartir. Grâce à leurs traces des jours précédents, ils arrivent à pied d'¦uvre assez tôt pour attaquer la partie mixte très technique menant à une arête particulièrement effilée. Cinq longueurs délicates: des dalles recouvertes de fines couches de glace à 70', des goulottes et des couloirs se succèdent jusqu'à l'arête principale. Une escalade sans protection, éprouvante nerveusement. L'ascension se poursuit sur le fil d'une gigantesque corniche, en traversée sur les piolets-ancreurs le long d'une pente à plus de 55'. Arrivés au sommet en fin d'après-midi, ils le baptisent Volshebnitsa, ce qui en russe signifie: les bonnes sorcières blanches, celles-là mêmes qui, tout au long de notre expédition, menée dans des conditions de neige épique, nous ont porté chance...

INFORMATIONS PRATIQUES

Accès

Depuis Almaty (Kazakhstan), une journée de bus jusqu'à Bichkek, puis, en camion tout-terrain, jusqu'à Naryn via Koktchorka et le Dollon Pass (3038 m). De là, continuer jusqu'au Kinda-Pass (3400 ni), ouvrant les portes du Kokshall-Too. Remonter la rivière Ak-sa:i, jusqu'au pied du glacier Kotur, camp de base (3900 in).

Période favorable

Dans le Tien-Shan, il est coutume de dire qu'il neige tout le temps. L'été, de juillet à septembre, est assez court. Dans le Kokshall-Too, la température moyenne est alors de 0'. C'est la meilleure période pour l'alpinisme et la seule possibilité d'accès en camion tout-terrain. Mais des chutes de neige brutales peuvent vous bloquer plusieurs semaines sur les hauts plateaux.

Propositions de courses

Les possibilités sont très nombreuses au Kokshall-Too. il est possible d'accéder aux différents bassins et de poser le camp de base au pied des glaciers coulant perpendiculairement à la ligne frontière. La région du Dankov Peak (5982 m), à l'est de la chaîne, permet de grandes ascensions classiques de toute beauté alors que la région du glacier Kotur et Karamova réserve des ascensions plus techniques mais plus courtes, semblables à celles des Alpes. Par exemple, le Pic Judith-Brian (5050 m), une arête nord-est AD, neige et rocher (beau granite rouge), ou Volshebnitsa (5285 m), l'arête nord mixte D+, assez technique avec des passages en glace jusqu'à 70' (10 longueurs depuis le col).
Pour les amateurs de face nord classiques, nous conseillons la chaîne des Trezubets (bonnes conditions en été). Le bassin du glacier Mauvkina, totalement inexploré, permet la réalisation de beaux cinq mille vierges. Derrière le col Kotur, en territoire chinois, nombreuses autres possibilités.
Pour les amateurs de big wall, l'ascension du Kizil Asker (le Soldat Rouge, 5842 mètres) reste un très bel objectif. une face lisse de 1200 m.

Contact sur place

ITMC Tien-Shan, 1-a Molodaia Gvardia Street, Bishkek 720010, Kyrgyz Republic, tél.: +996 312 651221,651404, courriel: itmc@imfiko.bishkek.su a


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